Association Boris Mouravieff
portrait Boris Mouravieff

Boris Mouravieff

Boris Mouravieff, connu pour ses travaux d’historien ainsi que pour ses enseignements et écrits relatifs à l’ésotérisme chrétien, est né le 8 mars 1890 en Russie, à Cronstadt, base navale de St-Pétersbourg. Il est le deuxième des trois fils de l’amiral de la Flotte, le comte Piotr Petrovitch Mouravieff, dernier Secrétaire d’Etat à la Marine de guerre impériale.

Breveté officier de l’Ecole Supérieure de la Marine impériale russe en 1910, Boris Mouravieff gravit les échelons en servant notamment de 1909 à 1912 à bord du cuirassé « Aurora » qui donnera en 1917 le signal de la Révolution bolchevique. Pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans les forces navales de la mer Noire. En 1916-1917, lieutenant de vaisseau, il commande les flottilles de vedettes rapides lance-torpilles dont il avait été le promoteur.

À l’abdication du tsar en mars 1917, il est promu capitaine de frégate à 27 ans, avant d’être nommé chef de cabinet du ministre Alexandre Kerensky dans le premier gouvernement provisoire, dirigé par le prince Lvov. Il est ensuite nommé chef d’état-major adjoint de la flotte de la mer Noire par Kerensky, devenu à son tour chef du gouvernement russe jusqu’à son renversement par les Bolcheviques de Lénine lors de la Révolution d’octobre 1917. Au lendemain de la paix de Brest-Litovsk, en 1918, il quitte les armes. Il demeure alors en Crimée pour se consacrer à des travaux archéologiques ainsi qu’à ses recherches ésotériques et historiques.

Dès sa jeunesse, Boris Mouravieff s’intéresse à la tradition de l’Orthodoxie orientale, aidé par des indications laissées par Andréi Mouravieff, son grand-oncle (mort en 1874), qui fut le fondateur d’un ermitage à Saint Paul, l’un des grands monastères orthodoxes du Mont Athos. Ce dernier avait entrepris des recherches en Egypte, en Arménie, au Kurdistan et jusqu’en Perse pour retrouver des traces de cette tradition et des manuscrits des premiers siècles de notre ère.

À la fin de 1920, Boris Mouravieff quitte la Russie pour Constantinople puis la Bulgarie jusqu’en 1924. À Constantinople, en 1920-21, Boris Mouravieff assiste aux conférences publiques données par Piotr Demianovich Ouspensky. C’est là que ce dernier met Boris Mouravieff en rapport avec Georges Ivanovitch Gurdjieff, avec lequel il aura par la suite plusieurs contacts, à Fontainebleau et à Paris. Pendant de nombreuses années, Boris Mouravieff et P. D. Ouspensky, liés par une amitié fondée sur un même esprit de recherche, seront amenés à approfondir et à confronter leurs travaux à l’occasion de leurs rencontres à Paris ou à Londres (1). Ils se rencontreront pour la dernière fois au château de Lyne près de Londres en mai 1937.

En 1924, Boris Mouravieff arrive en France en qualité de réfugié puis s’installe à Bordeaux où, en 1935, il fait la connaissance de Larissa Bassof, née en 1901 à Tachkent, en Ouzbékistan. Larissa, ballerine, a un enfant d’un premier mariage, Boris Vsevolod Volkoff, né en 1928 à Neuilly. Boris Mouravieff l’épouse en 1936 et tous trois s’installent à Paris la même année.

Depuis 1921, Boris Mouravieff poursuit ses recherches relatives à l’histoire politique et diplomatique de la Russie, et en particulier à Pierre le Grand, qui donneront lieu à la publication de plusieurs ouvrages (cf. bibliographie).

Jusqu’en 1941, il travaille comme ingénieur-conseil pour diverses firmes pétrolières, tout en consacrant son temps libre à ses recherches historiques, ainsi qu’à la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale.

Le 11 juin 1940, Boris Mouravieff quitte Paris pour gagner le Midi de la France, à Carry-le-Rouet où s’était repliée la firme qui l’employait. Il s’installe ensuite à Aix-en-Provence jusqu’en juillet 1943, et enfin en Haute Savoie, à Neuvecelle au-dessus d’Evian. Refusant de collaborer avec les Allemands, il est arrêté début 1944 par la Gestapo, interné à Annemasse, puis relâché sous surveillance. C’est alors que les résistants de la Gendarmerie Française du département organisent sa fuite et celle de sa famille le 9 mars 1944 pour la Suisse. Reçus comme réfugiés, Boris et Larissa Mouravieff sont d’abord assignés à résidence dans un camp de réfugiés à Randa dans le Valais. A la fin de la guerre, le couple est transféré à Genève à sa demande et installé provisoirement dans un établissement baptisé « Home pour réfugiés intellectuels » en attendant de vivre librement dans son appartement en ville.

Boris Mouravieff a 55 ans. Il lui faut de nouveau repartir de zéro. Sa situation matérielle est précaire : il gagne difficilement sa vie au moyen de leçons et de traductions industrielles.

Dès avril 1945, Boris Mouravieff sollicite son inscription en qualité d’étudiant à l’Institut des Hautes Études Internationales à Genève. En 1951, il obtient le diplôme de cet Institut pour son ouvrage : « L’Alliance Russo-Turque au milieu des guerres napoléoniennes ».

Vers la même époque, sa femme ouvre l’Ecole de danse classique Larissa Mouravieff qu’elle dirigera pendant un quart de siècle. Au début, Boris Mouravieff y participe en accompagnant les cours au piano.

Durant cette période, il entreprend un travail de formalisation de la tradition ésotérique orientale, envisageant initialement une présentation de cette doctrine sous forme romanesque (2). En avril 1955, Boris Mouravieff devient privat-docent à l’Université de Genève où il donne deux cours jusqu’en 1962, l’un concernant l’histoire de la Russie avant 1917 et l’autre la philosophie ésotérique. Ce dernier cours s’intitulera précisément : « Introduction à la philosophie ésotérique d’après la tradition ésotérique de l’Orthodoxie orientale ». Il réunira régulièrement entre dix et trente élèves.

Le discours introductif de l’année universitaire 1956 ayant pour thème le « Problème de l’Homme nouveau »sera publié par la revue « Synthèses ». D’autres articles succéderont à cette première publication (cf. bibliographie).

L’enseignement dispensé à l’Université de Genève servit de base à la rédaction de son œuvre maîtresse, « Gnôsis », dont le premier tome fut publié en 1961 par les éditions « La Colombe » à Paris. La maîtrise et la clarté de l’exposé furent reconnus et l’ouvrage obtint l’année suivante le prix de littérature ésotérique Victor-Emile Michelet.

Esprit rigoureux et concret, Boris Mouravieff présentait et commentait, au travers de cette œuvre, la tradition ésotérique de l’Orthodoxie orientale dans un langage clair et accessible à une personne cultivée de notre temps.

Cette même année 1961, Boris Mouravieff crée le Centre d’Études Chrétiennes Ésotériques (C.E.C.E.), basé à Genève, qu’il présidera et animera jusqu’à sa mort. Le but principal assigné au C.E.C.E. était de contribuer à la formation de l’Homme nouveau que Boris Mouravieff appelait de ses vœux, dans une période historique critique — la nôtre — qu’il qualifiait de « période de transition », entre un cycle qui s’achève et un nouveau cycle, porteur de promesses autant que de lourds dangers.

À la suite de la publication du tome I de Gnôsis, Boris Mouravieff reçut une correspondance volumineuse. Il ne se contenta pas de répondre aux personnes intéressées par l’enseignement divulgué dans Gnôsis : il encouragea la constitution de groupes d’études qui virent le jour à Genève, Paris, Lille, Bruxelles, Le Caire, au Congo etc. Ces groupes, constitués sous l’égide du C.E.C.E., avaient pour but d’approfondir en commun la doctrine exposée dans Gnôsis.

En 1962, Boris Mouravieff prend congé de l’Université de Genève pour se consacrer totalement aux activités du Centre et à la rédaction des deux derniers volumes de la trilogie de Gnôsis. Le tome II paraît en 1962, le tome III en 1965.

Dans le cadre du C.E.C.E., Boris Mouravieff voit son audience élargie à de multiples groupes dont il suit le travail, répondant personnellement au questionnement collectif ou individuel de leurs membres. Des visites soutiendront l’activité de certains groupes tels que Paris, Lille ou Bruxelles. De même, il effectue un voyage en Grèce en juillet 1964 (3).

Pour informer les groupes et coordonner leur travail, des « Bulletins d’information » seront périodiquement publiés par le C.E.C.E. à l’intention des membres.

Le développement de l’activité du C.E.C.E. fut rendu possible grâce à un mécénat qui permit de disposer des moyens matériels nécessaires.

Les dernières années de la vie de Boris Mouravieff sont consacrées à cette activité d’enseignement. Dans une perspective d’éclaircissement, d’approfondissement et d’application pratique, il entreprend la rédaction d’un « Recueil de Notes sur l’enseignement chrétien ésotérique : Les Stromates » (4).

Avec ces Stromates, regroupés sous le titre général de « l’Art de Vaincre », Boris Mouravieff engageait un vaste et ambitieux projet. Il s’agissait de compléter l’enseignement donné dans Gnôsis par des éléments pratiques répondant aux questions que l’étude de la doctrine suscitait chez les étudiants. Le premier chapitre parut en 1966. Deux autres chapitres furent publiés à titre posthume.

Cette activité intense retentit sur l’état de santé de Boris Mouravieff. En mars 1965, déjà, une crise cardiaque lui impose un court repos à Cannes. En juin 1966, il est terrassé par une crise de rhumatisme articulaire accompagné de fortes douleurs qui l’obligent à vivre alité.

Boris Mouravieff meurt à Genève d’une crise cardiaque, le 28 septembre 1966, à 20h15, à l’âge de 76 ans. Il repose au cimetière St Georges, à Genève. Le C.E.C.E. cesse ses activités peu de temps après le décès de son fondateur.

Sa veuve, Larissa Mouravieff fait paraître en 1968 et 1970 les chapitres 2 et 3 des Stromates. Elle veille sur les archives du Centre et, en 1988, les fait déposer à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève avant de partir au Canada rejoindre son fils. Larissa Mouravieff décède à Montréal le 26 septembre 1989. Au décès de son fils, Boris Vsevolod Volkoff, en mars 2012, les archives restantes sont remises à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève, où a été constitué un fonds Mouravieff, consultable par les chercheurs qui en font la demande.

 

  1. Boris Mouravieff précise la nature de ses liens avec P. D. Ouspensky et G. I. Gurdjieff dans une étude récemment réeditée chez DERVY sous le titre : « Ecrits sur Ouspensky, Gurdjieff et sur la Tradition ésotérique chrétienne ». Paris — 2008.
  2. Manuscrit inachevé : « La vie et les rêves de Boris Kouratoff ».
  3. Une traduction de Gnôsis en grec est réalisée à la suite de ce voyage.
  4. Titre emprunté par Boris Mouravieff à Clément d’Alexandrie.
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