Association Boris Mouravieff
portrait Boris Mouravieff

Bulletin n° 4 – Mai 2008

Paru en janvier 2010 :

Arma Artis vient de publier le « Cours de Genève » de Boris Mouravieff

Préface au Cours de Genève

Alors que l’audience de Boris Mouravieff (1890-1966) s’accroît dans le monde, de plus en plus nombreux sont ceux qui manifestent un intérêt grandissant pour les divers écrits ésotériques de cet auteur.

Son ouvrage de référence, « Gnôsis », traduit en six langues, fait désormais autorité dans le domaine de l’Esotérisme chrétien. Mais sait-on qu’avant d’écrire et de faire publier les trois tomes de « Gnôsis », Boris Mouravieff dispensa, pendant plusieurs années, à l’Université de Genève, un enseignement oral sur le même sujet ?

Ce Cours était intitulé : « Introduction à la Philosophie ésotérique d’après la Tradition de l’Orthodoxie orientale » et avait pour objet de révéler le contenu de la Doctrine ésotérique conservée dans cette branche du Christianisme.

Les enseignements traditionnels ésotériques sont habituellement réservés à des groupes restreints et font l’objet d’une transmission confidentielle. Qu’un tel enseignement ait été proposé publiquement sur les programmes de l’Université de Genève, peut être qualifié d’événement exceptionnel. Lorsqu’il cessa de donner cet enseignement à l’Université pour diriger le Centre d’Études Chrétiennes Ésotériques (C.E.C.E.) qu’il avait fondé, Boris Mouravieff le souligna en remerciant en ces termes un responsable de l’Université :

« Permettez-moi, en votre personne, d’exprimer ma gratitude à la Faculté de Lettres au sein de laquelle durant six ans, j’ai pu exposer un cours systématique, accompagné des travaux de séminaires, de la philosophie ésotérique — cas, je crois, unique dans les annales universitaires ».

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C’est au terme d’un parcours aux tournants inattendus que Boris Mouravieff, à plus de 60 ans, en vint à résider en Suisse et à se voir ouvrir les portes de l’Université de Genève.

Né en 1890 à Cronstadt, en Russie, fils d’un Amiral de la Flotte, dernier Secrétaire d’Etat à la marine de guerre impériale, il était destiné à une prometteuse carrière militaire ou politique dans son pays. Brillant élève de l’Ecole Supérieure de la Marine, il devient capitaine de frégate à l’âge de 27 ans, avant d’être nommé Chef de Cabinet naval du ministre Alexandre Kerensky puis promu chef d’Etat major adjoint de la flotte de la mer Noire.

Les bouleversements survenus en Russie à la suite de la Révolution d’Octobre l’amènent à quitter les armes en 1918 et à se rendre en Crimée où il demeure jusqu’en 1920 et où, dit-il, « je me suis occupé de mes recherches ésotériques, historiques ainsi que de travaux archéologiques ».

En 1920-1921, il se retrouve à Constantinople.

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À Constantinople, Boris Mouravieff assiste à des conférences publiques données par P.D. Ouspensky qui le met en rapport avec G.I. Gurdjieff avec lequel il aura plus tard des contacts épisodiques, sans avoir jamais été son disciple

Très jeune, Boris Mouravieff s’était intéressé à la Tradition ésotérique. Il suivait en cela les traces de son grand’oncle, André Mouravieff, qui avait effectué de nombreux voyages en Egypte, en Palestine et en Orient en quête de manuscrits anciens. Ce dernier avait aussi fondé un ermitage, au sein d’un des grands monastères russes du Mont-Athos.

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À Constantinople, Boris Mouravieff fut amené à fréquenter certains milieux soufis. Il relate que l’un de leurs supérieurs lui signifia :

« Russe, tu es curieux de pénétrer nos pratiques religieuses ? Tu cherches, certes, le réel… Je comprends… Á la bonne heure ! — Mais tu ne le trouveras pas ici, dans notre ordre. Cependant, tu pourras en tirer leçon (…) Ce que tu auras appris ici, tu l’emporteras avec toi. Car, ce n’est pas ici que tu trouveras ce que tu cherches. (…) Nous sommes ici tes frères. Parmi nous, tu es chez toi. Viens vendredi prochain goûter avec nous du vin d’Allah ! ».

De 1921 à 1923, Boris Mouravieff entreprend, confie-t-il dans un courrier, « des recherches dans le domaine de l’histoire ancienne (question d’Orient), d’archéologie ainsi que dans les traditions de l’Orthodoxie orientale » à Constantinople et en Bulgarie.

Il s’installe en France en 1924 où il exerce différentes activités professionnelles notamment en Aquitaine et à Paris. Il se marie avec Larissa Bassof en 1935.

Durant l’Occupation, il rejoint la société pour laquelle il travaille dans le sud de la France à Carry-le-Rouet. En 1944, il doit se réfugier en Suisse afin d’échapper aux autorités allemandes qui cherchaient à obtenir sa collaboration. À nouveau il se voit contraint de repartir de zéro.

Au cours de toutes ces années, Boris Mouravieff ne cesse d’approfondir sa recherche dans le domaine de l’ésotérisme. Durant son séjour en France, il gardera le contact avec P.D. Ouspensky tout en suivant un autre chemin que le sien. Il s’en ouvrira plus tard à Louis Pauwels dans les termes suivants :

« Nos chemins ont bifurqué. C’était en 1921. Tous les deux, nous sommes partis de Constantinople pour l’Europe. Lui s’est lancé dans l’enseignement de ce savoir frag-mentaire , moi — je me suis enfermé pour continuer de « creuser en profondeur ».

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En arrivant en Suisse, Boris Mouravieff amenait dans ses bagages les manuscrits de plusieurs ouvrages touchant à l’Histoire de la Russie.

Le premier titre publié fut « L’histoire de Russie mal connue » auquel succéda, en 1950, « Le testament de Pierre le Grand ».

Parallèlement, il entreprend un cursus universitaire à l’Institut des Hautes Études Internationales à Genève où il s’était établi. Il est diplômé de cet Institut en 1951 pour son ouvrage « L’alliance Russo-Turque au milieu des guerres napoléoniennes ».

Boris Mouravieff est désormais reconnu en tant qu’historien, spécialiste de l’histoire de la Russie. Il propose à l’Université de Genève de dispenser conjointement deux cours : le premier sur « L’Histoire politique et diplomatique de la Russie », le second sur la « Philosophie ésotérique d’après la Tradition de l’Orthodoxie orientale ».

Ce tournant dans sa vie faisait écho aux propos de ce maître soufi qui, à Constantinople, lui avait également dit :

« Tu es hodja, homme de science. Et ce n’est que par la science que tu pourras atteindre ton but. Non pas par la science extérieure qui cherche à étudier l’univers en étudiant un par un tous ses grains de sable, mais par la science secrète qui ne s’ouvre qu’à celui qui la cherche avec foi et persévérance. Et encore à celui qui est capable de la saisir.(…) La connaissance des parties isolées de l’ensemble n’est en fait qu’une savante ignorance. Ainsi, en étudiant les parties, tu devras toujours le faire par rapport à l’ensemble. Cherches surtout cette sorte de connaissance dans tous les domaines , elle est vivifiante ».

Cette « science secrète » qu’évoque ce maître soufi, c’est la « science ésotérique », qui figura pendant quelques années au programme de l’Université de Genève, normalement consacrée à l’étude de la « science extérieure ».

Dans la même correspondance, citée plus haut, échangée avec L. Pauwels, Boris Mouravieff précisait :

« Ce n’est qu’après avoir reçu et assimilé la Doctrine dans son ensemble (que) j’étais appelé à l’enseigner. Ce que j’ai fait dans mes cours à l’Université de Genève, de 1955 à 1961 ».

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Boris Mouravieff, de toute évidence, n’avait pas esquivé la « voie du hodja » (voie du savant) que lui avait recommandée ce sage soufi. Les qualités qu’il manifesta, les capacités dont il fit preuve, tant dans le champ de l’Histoire que dans le champ de l’Esotérisme, furent saluées par les plus hautes autorités de l’Université. En 1963, le recteur de l’Université de Genève, Jean Graven, lui écrit :

« Permettez-moi de vous dire l’admiration que je ressens pour votre force de travail, la grande diversité de vos sujets d’intérêt et la richesse d’information que vous savez montrer dans chacun de vos ouvrages, qu’il s’agisse d’histoire politique et diplomatique ou de philosophie. Lorsque je considère quels sont, dans les deux domaines, vos différents ouvrages en préparation, je ne puis que me sentir fier pour l’Université de l’œuvre que vous accomplissez, en même temps que je ressens le devoir de vous exprimer notre reconnaissance qui, j’espère, sera pour vous un encouragement et un réconfort ».

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Ce que ne relève pas le recteur Jean Graven, c’est une particularité propre à l’enseignement de la philosophie ésotérique. Cette science millénaire, outre qu’elle doit être suffisamment assimilée pour être enseignée, doit également, pour se communiquer, se doter d’un langage approprié, intelligible pour l’auditeur ou le lecteur contemporain. Ce fut un des mérites de Boris Mouravieff, et pas des moindres, que d’en faire un exposé rigoureux, moderne, scientifique pourrait-on dire, qui par sa forme revivifiait un contenu immémorial.

Ainsi qu’il eut l’occasion de l’écrire :

« Quoique la matière soit très ancienne — la Tradition ésotérique qui s’est conservée dans le christianisme, notamment dans sa branche orientale, remonte à l’ancienne Egypte — cet enseignement est nouveau, du moins dans sa forme — et sur de nombreux points — il est divulgué pour la première fois. Et c’est pour la première fois qu’il figure dans un programme universitaire ».

Ce qui nous apprend aussi qu’au renouvellement de la forme s’ajoute la révélation de contenus non divulgués jusqu’alors.

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Prenant congé de l’Université, en 1961, Boris Mouravieff crée, la même année, le Centre d’Études Chrétienne Ésotériques (C.E.C.E.) en même temps que paraissait le premier tome de « Gnôsis » précédant les tomes II (1962) et III (1965). Il se donnait ainsi le moyen d’étendre son audience au-delà de la trentaine d’étudiants inscrits chaque année à son Cours.

Par ailleurs, il fera publier, en 1962, un ouvrage historique, « La Monarchie russe », avant de se consacrer exclusivement à l’enseignement de la Tradition ésotérique de l’Orthodoxie orientale.

Le succès de « Gnôsis » semble avoir dépassé ses espérances. En effet, la qualité de l’ouvrage — déjà reconnue par l’attribution du prix Victor-Emile Michelet — put se mesurer au volume important des correspondants s’adressant au C.E.C.E. pour demander conseils, éclaircis-sements ou pour solliciter une aide afin d’avancer sur cette Voie.

Chaque fois que cela était possible, des groupes d’études se formèrent, dont Boris Mouravieff assura le suivi des travaux.

Toujours désireux de toucher le plus grand nombre, il conçut de rédiger, en complément de « Gnôsis », un « Art de Vaincre », sous-titré « Recueil de notes sur l’enseignement chrétien ésotérique » et présenté, à l’imitation de Clément d’Alexandrie, sous forme de « Stromates ». Seuls trois chapitres furent publiés avant sa mort survenue en 1966, disparition qui entraîna la fermeture du C.E.C.E.

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Quelles furent les raisons profondes qui incitèrent Boris Mouravieff à pousser les portes de l’Université puis à fonder le Centre d’Études Chrétiennes Ésotériques et à déployer une activité aussi intense dans les dernières années de sa vie ?

Pour comprendre le sens de cet engagement, il convient de la resituer dans le contexte historique qui est celui de l’humanité aujourd’hui. Celle-ci se trouve en effet, d’après l’enseignement transmis par Boris Mouravieff, parvenue à un moment crucial de son évolution entre un Cycle finissant — le Cycle du Fils — et une ère nouvelle qui approche : le Cycle du Saint-Esprit. Dans cette Période de Transition, il devient de plus en plus urgent de former de nouvelles élites douées de facultés nouvelles d’ordre supérieur.

Mais, pour Boris Mouravieff, il est évident que l’approche du nouveau Cycle, Cycle du Saint-Esprit, crée des conditions et des impératifs nouveaux en ce qui concerne l’accès à la science ésotérique et la finalité de son étude. Dans le Tome III de Gnôsis, le propos est on ne peut plus clair à ce sujet :

« Dans le domaine ésotérique, le temps des recherches particulières et de la poursuite de fins individuelles est révolu. Insensiblement, l’ésotérisme est devenu affaire publique, et c’est en tenant compte de ce fait nouveau que l’on doit désormais concevoir et conduire les études ésotériques pratiques. Et il ajoute : « L’auteur est tout à fait conscient de ce que ce postulat peut avoir de surprenant, et peut-être même de désagréablement surprenant pour certains lecteurs, mais les faits sont là ».

L’Université, consacrée à la « science extérieure », s’était ouverte à la « science secrète ». Boris Mouravieff y voyait un « signe des temps ». Mais ce n’était, dans son esprit, qu’un premier pas dans la formation des cadres du Cycle à venir :

« La science positive dispose d’Universités. L’une d’elles, celle de Genève, s’est ouverte à l’enseignement ésotérique. Mais aujourd’hui (où) le voile est partiellement levé, il n’y a là qu’un embryon qui devrait exister pour travailler à cette réunification de la Connaissance. La création d’un Centre (il s’agit là du C.E.C.E.) serait un deuxième pas dans cette direction, pierre dans l’édifice chargé de former les précurseurs qui devraient éviter à l’humanité de sombrer dans un déluge de feu ».

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On comprend mieux dès lors l’importance que Boris Mouravieff donnait à cette double ambition énoncée dans l’Avant-propos introduisant son Cours : contribuer à la naissance d’un Homme nouveau et permettre ainsi à l’humanité de franchir le Seuil devant lequel elle se trouve. Ce Seuil est celui qui existe entre un monde qui touche à sa fin et une ère nouvelle, à la fois pleine de promesses, mais aussi porteuse de lourds dangers en cas d’échec.

Ainsi qu’il le précise en présentation de son cours, « il s’agit, en effet, de contribuer sur le plan moral à la création d’une élite nouvelle dont le niveau spirituel soit adéquat à celui atteint par le progrès de la technique. C’est une nécessité du moment ».

Cela pose le problème de l’Homme nouveau, « Homme fort, capable de prendre les rênes du pouvoir, écarter les dangers qui pèsent sur l’humanité et établir sur terre un ordre juste, harmonieux, tout en plaçant les merveilles du progrès au service de la société humaine. En fait, ce problème avait été posé depuis les temps immémoriaux , il demeure l’objet d’études et de pratiques ésotériques ».

Ce problème de l’Homme est au centre même de la différence qui existe entre les deux types de science, la « science extérieure » ou science positive d’un côté, et la « science secrète » ou science ésotérique de l’autre. Le propre de la science ésotérique est d’aller au-delà de la simple information pour viser à la transformation de l’être même. Elle appelle à « se dépouiller du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau qui se renouvelle dans la connaissance selon l’image de Celui qui l’a créé » (Col. 3, 9-10). Ainsi les apports de la « science ésotérique » se révèlent essentiels pour contribuer à l’émergence d’une élite nouvelle « dont le niveau spirituel soit adéquat à celui atteint par le progrès de la technique ».

Quelles sont dès lors les places respectives de la science ésotérique et de la science positive au regard de leur finalité commune : la connaissance de l’homme et de l’univers ? Tout en relevant les différences entre ces deux branches de la Science, Boris Mouravieff constatait que « l’écart entre science traditionnelle et science positive se réduit chaque jour davantage ».

Dans « Gnôsis », il va plus loin :

« L’auteur est persuadé que seule la synthèse de ces deux branches du Savoir est susceptible de résoudre le problème de l’homme, dont la solution conditionne celle de tous les autres problèmes qui se posent aujourd’hui».

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Nous ne possédons pas l’in-extenso du Cours donné par Boris Mouravieff à l’Université. La seule trace que nous ayons — trace qui prend de ce fait une valeur particulière — est cette présentation du Cours, objet de la présente édition.

Quel est le contenu d’un tel enseignement qui embrasse un champ extrêmement vaste de connaissances réparties sur deux ans d’études ? Quelles sont les données sur lesquelles reposent cette Science de l’Homme et cette Science de l’Univers ? Comment sont-elles articulées de façon à inciter l’étudiant à dépasser le simple Savoir pour rechercher une Compréhension personnelle, prélude à ses efforts en vue de son propre accomplissement ?

Le plan-résumé rédigé par Boris Mouravieff est très instructif sur ces différents points. Certes, on rencontrera dans les premières leçons, des formulations particulièrement elliptiques. Mais le lecteur qui découvre ainsi cette Tradition aura tout loisir, s’il le souhaite, d’approfondir la signification de certaines notions-clé en se reportant aux trois volumes de « Gnôsis ». De ce fait, ce Cours constitue, en lui-même, un précieux « aide-mémoire » ésotérique, un « condensé » de la science secrète.

Les commentaires qui s’amplifient au fil des leçons permettent aussi de considérer le « Cours de Genève » non pas comme une simple approche de « Gnôsis » mais comme une source de connaissance à part entière. Le lecteur y trouvera matière pour amorcer, conforter, prolonger et approfondir sa recherche.

Ajoutons que certains symboles — comme d’ailleurs certains commentaires — ne se trouvent pas dans « Gnôsis » et sont donc publiés ici pour la première fois.

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Le souvenir du passage de Boris Mouravieff à l’Université de Genève survit dans un ouvrage publié par le bibliothécaire de l’époque, Daniel Anet. Dans son livre de souvenirs (1) ce dernier nous laisse un témoignage particulièrement vivant. :

« Un peu plus tard, écrit-il, vint Boris Mouravieff qui fut très vite un ami inoubliable, un maître en discipline de vie, en rigueur de pensée, en impartialité sereine dans les jugements.

Il avait été capitaine de vaisseau sur toutes les mers.(…) Dans une quête mystique achevée plus tard en exil à Genève, où il écrivit les trois volumes de sa « Gnôsis » dans laquelle il recueillit la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale, il avait tout quitté pour se faire derviche en Asie-Mineure. Il parlait peu de cette expérience. Elle aurait pu n’avoir pas de fin, sinon celle de la vie. Les raisons de l’entreprendre, il ne les disait pas. Non plus que ses résultats. (…) Il y avait en lui quelque chose de glaciaire, une alpe intérieure : il savait sourire, et il savait rire , il causait agréablement et volontiers, se plaisait aux coteaux modérés de la vie, se faisait un soleil de la beauté d’une femme ou d’une fleur, d’un vin choisi, d’une vodka au cumin qu’il préparait lui-même. Il pratiquait l’amitié comme une grâce. Il ne la donnait pas vite, mais définitivement.

(…)

C’était un mathématicien émérite. Le traité de mathématique qu’il composa quand il était encore étudiant fut longtemps en usage dans les lycées tsaristes, puis soviétiques. Il fut historien, avant d’être écrivain philosophe. Une part de son œuvreet de ses pensées certainement quotidiennesfurent consacrées à Pierre-le-Grand qu’il vénérait comme l’un des plus hauts génies que le monde ait connu. Il en parlait comme d’un ami et son vif regard bleu porcelaine s’embuait alors de rêve et d’émotion. (…) Figure familière de la bibliothèque, lecteur assidu, parfaitement orienté dans ses fonds russes comme dans les fonds analogues des autres bibliothèques suisses et étrangères, dont il tenta de créer un catalogue collectif, il recueillait les données nécessaires à ses travaux d’historien. (…) Un petit cahier noir, un portefeuille serrant quelques dossiers ordonnés comme des théorèmes, une liste de quelques questions à résoudre, suffisaient à mouvoir Boris Mouravieff dans un monde d’idées avec la simplicité d’un navire bien orienté dans le vent. Peu à peu « Gnôsis » l’absorba tout entier. Encore le mot n’est-il pas tout à fait juste. Car il ne donnait jamais l’impression d’être absorbé par et dans quoi que ce fût. Détaché de tout ce qu’il faisait pour mieux en maîtriser l’exécution ».

(…)

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Alors que la science positive dispose d’importants moyens, pour ce qui est de la science ésotérique « La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers ».

Précieux sont donc ceux qui ont su transmettre, dans une forme intelligible, les vérités de source. C’est ce que fit Boris Mouravieff pour ce qui concerne la Tradition ésotérique de l’Orthodoxie orientale.

S’agissant d’un auteur de premier plan, il n’existe pas d’écrit mineur, pas de texte qui ne soit susceptible, en tant que tel ou associé à d’autres, d’apporter des informations et d’enrichir par ses formulations, la compréhension chez celui qui aspire à la Vérité.

Le « Cours de Genève », même s’il ne peut suppléer à l’étendue de l’enseignement oral qu’il présente et récapitule, apporte un contenu suffisamment riche pour ne pas être laissé dans l’ombre.

Il vient heureusement compléter l’ouvrage de référence, « Gnôsis », ainsi que les textes récemment publiés sous le titre : « Ecrits sur Ouspensky, Gurdjieff et sur la Tradition ésotérique chrétienne ». (2)

C’est dans cet esprit que ce « Cours », initialement destiné aux seuls étudiants de l’Université de Genève, est aujourd’hui publié.

Il pourra, nous en sommes certains, révéler toute sa richesse aussi bien à ceux qui cherchent, qu’à ceux qui accordent déjà une place privilégiée, dans leurs pensées et dans leur vie, à cette « science secrète » que l’auteur ne craignait pas de rendre publique.

Claude Thomas, Jean Poyard, Jean-Christophe Camus, Norbert Bouillon
Membres de l’Association Boris Mouravieff

(1) Daniel Anet : « Vivre avec les livres — Souvenirs d’un bibliothécaire » (Éditions Slatkine)
(2) Boris Mouravieff — « Ecrits sur Ouspensky, Gurdjieff et sur la Tradition ésotérique chrétienne » (Éditions Dervy Poche)

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