Association Boris Mouravieff
portrait Boris Mouravieff

Bulletin n° 7 – Mars 2011

Pour une nouvelle Gouvernance mondiale

Boris Mouravieff et la question de l’Autorité super-étatique

L’œuvre de Boris Mouravieff est traversée par deux préoccupations essentielles, intimement liées : celle de la naissance de l’Homme Nouveau et celle de l’issue heureuse de la période historique que traverse actuellement l’humanité.

C’est à la fois en tant qu’ésotériste et historien que Boris Mouravieff développe cette double question rappelée d’emblée dès l’introduction du tome 3 de Gnosis :

« A chaque grand tournant de l’histoire, c’est l’homme que l’on retrouve au centre du problème. On comprendra que la période de transition où nous sommes aujourd’hui, entre le Cycle du Fils qui prend fin et celui du Saint-Esprit qui approche, réclame impérieusement l’Homme Nouveau, être éclairé et fort, capable de résoudre les deux grands problèmes de la solution desquels dépend le devenir de l’humanité :

  • rendre rationnelle et efficace l’organisation de la société humaine à l’échelle planétaire.
  • créer les conditions qui offriront aux chercheurs le maximum de chances de développer leur Personnalité et d’arriver à la deuxième Naissance. »

Il ajoutait dans le chapitre 1 du tome 3 :

«  Lorsque nous avons soulevé le problème de l’Homme Nouveau (1) nous souhaitions — et nous continuons de souhaiter — l’apparition de celui-ci dans tous les domaines de l’activité humaine. Il est urgent, en effet, qu’il assure la relève des hommes d’Etat de l’ancienne école, dont, sauf rares exceptions, les moyens moraux — connaissances et expérience — ne suffisent plus à satisfaire aux exigences de la période de transition dans laquelle nous sommes engagés… Les hommes d’Etat de l’ancienne école donnent aujourd’hui le témoignage de leur incapacité à rationaliser et à équilibrer la vie de l’humanité dans son ensemble, c’est-à-dire à transformer le conglomérat des peuples et des Etats en un organisme homogène. »…

« Ce qui manque aux gouvernants, c’est la conscience planétaire », ajoutait-il, après avoir précisé dans l’introduction que « seule une formation ésotérique peut fournir les hommes d’Etat de demain. »

Boris Mouravieff aborde la question de la « Gouvernance mondiale » à partir d’une analogie entre le travail d’unification intérieur que l’homme est appelé à réaliser en lui-même à partir de la croissance en lui d’un centre magnétique — embryon d’un nouveau foyer de conscience — et l’émergence d’une conscience planétaire dont l’ONU est elle-même l’embryon. Dans un courrier à l’un de ses correspondants, il précise : « Je vous adresse mon travail sur « Le problème de l’Autorité super-étatique ». Il a été écrit alors que j’ai fait des recherches à notre Institut de Hautes Études Internationales. (2) Vous y trouverez donc un exposé basé unique-ment sur les faits et les arguments « extérieurs ».

Au point de vue ésotérique, c’est une projection sur l’avenir du processus historique qui, en cas de réussite, doit aboutir à la constitution — en utilisant pour cela l’appareil de l’O.N.U. — d’un corps du centre magnétique de l’humanité de demain, englobant bien entendu, toute la Vie organique sur la Terre. Il comprendrait en lui les trois centres psychiques de la conscience planétaire humaine qui, malgré tout et quoique lentement, fait quand même des progrès. Ce sera, ésotériquement parlant le corps d’un gouvernement mondial dont la constitution, avec cela, pourrait devenir possible. Mais cette possibilité ne se réalisera en fait qu’avec l’apparition et l’intervention des Hommes Nouveaux, de la nouvelle élite de ce Collège de prophètes. Sans cela, malgré le progrès magnifique de la technique, malgré le progrès de la conscience humaine planétaire, l’affaire sera vouée à l’avortement. »

L’ouvrage publié par Boris Mouravieff en 1950 sur « Le problème de l’Autorité super-étatique » (3) porte notamment sa réflexion sur deux points essentiels. D’une part, l’identifi-cation des causes des limites constatées dans l’efficacité de l’action de l’O.N.U. , d’autre part, l’introduction d’un principe effectif de Fraternité dans le fonctionnement de l’organisation internationale pour pallier ces difficultés. (4) Voici quelques extraits de l’ouvrage qui illustrent ces deux aspects :

Concernant les limites juridiques de l’Institution :

« L’ordre juridique ne connaît pas d’autorité super-étatique , tant qu’une telle autorité n’aura pas été instituée, la carence de l’O.N.U., comme autrefois celle de la S.D.N., sera incurable. » (p. 12)

Concernant l’introduction d’un principe de Fraternité :

« On en arrive à se demander si la structure de la Charte des Nations Unies correspond-elle bien à la nature des choses dont elle traite ? N’y a-t-il pas là, cachée derrière des formes juridiques quasi parfaites, quelques contradictions de fond, quelques non concordances flagrantes entre certains éléments de base de la conjoncture internationale et certaines dispositions de la Charte ? » (p. 13)
« En raison de ce qui précède, on peut se demander si, d’une manière générale, l’Organisation des Nations Unies répond bien à la vie des peuples, telle qu’elle présente à l’issue de deux guerres mondiales , à cette vie à la fois intra et inter-étatique, nationale et internationale avec un enchevêtrement progressif des éléments politiques et sociaux , vie, où, qu’on le veuille ou non, l’émancipation coloniale reconnue de jure, se réalise de facto au pas de course. » (p. 71)
«  Certes, il sera toujours utile, voire nécessaire de canaliser tous ces mouvements nouveaux qui ouvrent une époque nouvelle dans la vie des peuples , mais tenter de les arrêter ou de les freiner serait trop dangereux. Ce serait une politique à courte vue. Elle ne pourrait qu’augmenter la tension qui, avec le temps, finirait par créer un état psychologique tel qu’une explosion serait inévitable. » (p. 72)
« La question qui se pose ensuite est : les Nations Unies forment-elles une organisation des gouvernements ou des peuples ? » (p. 72)
« Ce qui est incontestable, c’est qu’il n’existe point de solidarité morale entre les Etats. Mais est-ce aussi certain en ce qui concerne les peuples ? … les peuples, au nom desquels on parle toujours, n’auront, pratiquement, aucun moyen de manifester leur volonté collective, tant qu’il n’aura pas été créé, pour cela, un organe qui, sur le plan international, serait analogue à ceux qui servent à l’expression de l’opinion publique sur le plan national , Alors seulement on saura si, en effet, la solidarité morale entre les masses populaires du globe existe, et, notamment, dans quels domaines et dans quelle mesure. »
« N’oublions pas que c’est là que réside l’ultime espoir d’éviter une nouvelle catastrophe générale qui, cette fois, menace de prendre un véritable aspect eschatologique. » (p. 78-79)
au contraire, il faut carrément abandonner le plan étatique ou super-étatique et aller aux sources mêmes de tout pouvoir public, c’est-à-dire à la consultation populaire. » (p. 91)
« Ainsi, la deuxième assemblée à créer dans le cadre de l’O.N.U., placée à côté de la première, exprimerait l’idée de l’égalité fraternelle des peuples du monde, ou, en d’autres termes, leur profonde solidarité. Egales en droit, siégeant en même temps et en même lieu, ces deux Chambres formeraient ensemble l’Assemblée suprême des Nations Unies.&nbsp» (p. 93)
«  Ceci dit, on ne doit pas fermer les yeux sur le fait que la formule proposée, si logique soit-elle, comporte certains inconvénients, voire des dangers. C’est d’ailleurs très normal , car, selon le mot bien connu de Pierre le Grand, l’application des principes nouveaux est toujours pénible. Ainsi, par exemple, il serait difficile, sinon impossible de dire d’avance qu’elle serait la physionomie de cette Assemblée générale des peuples, dans quelle atmosphère elle ouvrirait ses débats, enfin, quelle attitude elle prendrait vis-à-vis de l’Assemblées générale des Etats-Membres …Une seule chose est certaine : l’Assemblée générale des peuples se prononcera résolument pour la paix, car, en général, les peuples ne sont pas pour la guerre. » (p. 97)
« Au demeurant, c’est la souveraineté nationale qui est remise en cause. Certes, à l’heure actuelle, on reconnaît généralement que le moment est venu de réviser ce principe , on a vu qu’en effet il ne correspond plus, dans sa réalité primitive, à l’ambiance nouvelle de la vie internationale. (p. 98)… Là où l’Assemblée des Etats, de par sa nature, ne peut pas lever tous les rideaux de fer de la souveraineté de ses membres, l’Assemblée des peuples le fera aisément. D’apparence audacieuse, cette réforme est, en réalité, dictée par la prudence et par la sagesse. » (p. 99)
« C’est dire qu’il convient de faire appel à la vox populi, source éternelle de la volonté souveraine, seule compétente pour mener une action en commun et dans l’intérêt général, seule sensée reconnaître et défendre l’intérêt public sur le plan international, comme elle le fait dans le domaine national. » (p. 102)

Notes

  1. Discours prononcé par l’auteur le 26 octobre 1956 à la première leçon du semestre d’hiver 1956/57 du cours donné à l’Université de Genève : « De la Tradition ésotérique dans l’Orthodoxie orientale ». texte publié chez Dervy en 2008 : « Ecrits sur Ouspensky, Gurdjieff et sur la Tradition ésotérique chrétienne »
  2. Boris Mouravieff était diplômé de l’Institut des Hautes Études Internationales de Genève.
  3. Le problème de l’Autorité super-étatique, A la Baconnière, 1950
  4. Boris Mouravieff avait procédé à une traduction en russe de la Charte de l’O.N.U. Il avait rédigé un projet d’adaptation du texte russe, avec introduction et tableau d’équivalence de quelques expressions diplomatiques en français et russe. (Genève : Georg et Cie, 1949. Location : UNX. 12 R91)
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